La France s'apprête à légiférer contre une nouvelle forme d'exploitation sexuelle qui prospère en ligne. Une proposition de loi, portée par la sénatrice LR Marie Mercier et cosignée par une centaine d'élus, vise à sanctionner les pratiques abusives de certains « managers » sur les plateformes de contenu pour adultes. L'objectif est de créer un délit d'« exploitation sexuelle en ligne » pour protéger les créateurs.
Le Sénat examine actuellement une proposition de loi pour s'attaquer à une galaxie en plein essor mais encore très peu régulée : celle du « caming », qui consiste à vendre des contenus sexuels ou pornographiques par abonnement. Derrière ce qui est souvent présenté comme une source de revenus facile se cache un écosystème commercial complexe, où des intermédiaires, appelés agents ou managers, promettent de démultiplier les gains des créateurs de contenu. Cependant, de nombreux témoignages révèlent une réalité bien plus sombre, faite de pressions psychologiques intenses et d'une exploitation sans scrupules.Quel est le véritable rôle des « managers » sur OnlyFans et Mym ?
Présentés comme des experts en marketing digital, ces intermédiaires proposent de gérer l'intégralité de la présence en ligne des « modèles », de l'optimisation du contenu à la gestion des conversations privées avec les abonnés, souvent menées par des « chatteurs » délocalisés. Ils promettent de viser le « top 1% » des créateurs en échange d'une commission substantielle, parfois jusqu'à 50% des revenus. En France, environ 30% des créateurs feraient appel à un agent, un chiffre qui atteindrait 90% sur OnlyFans aux États-Unis.
Cependant, cette collaboration peut rapidement se transformer en un piège infernal. Des créatrices témoignent d'une pression constante pour produire toujours plus de contenu, parfois contre leur volonté. Le harcèlement moral, les insultes et les menaces deviennent leur quotidien. Certains managers n'hésitent pas à menacer de diffuser des contenus intimes à l'entourage des créateurs ou à envoyer des individus à leur domicile pour les intimider s'ils tentent de mettre fin au contrat, illustrant une dérive mafieuse de ce business.Pourquoi la loi actuelle est-elle impuissante face à ce phénomène ?
Le principal obstacle à la répression de ces abus est un vide juridique majeur. La jurisprudence de la Cour de Cassation définit la prostitution par l'existence d'un « contact physique ». Par conséquent, les activités de « caming », entièrement dématérialisées, ne peuvent être légalement qualifiées de prostitution. Cette distinction empêche d'appliquer la définition actuelle du proxénétisme, qui en découle directement dans le Code pénal.
Ce flou juridique a des conséquences très concrètes : les forces de l'ordre sont souvent démunies pour recevoir et traiter les plaintes des victimes d'exploitation en ligne. La proposition de loi vise précisément à combler cette faille en reconnaissant que « tout ce qui semble virtuel a une vraie réalité » et des conséquences dévastatrices pour les personnes piégées par ces proxénètes des écrans. L'enjeu est de doter la justice des outils nécessaires pour enquêter et sanctionner.
Que propose concrètement cette nouvelle loi ?Plutôt que de pénaliser les clients ou de redéfinir la prostitution, ce qui aurait pu avoir des « effets de bord » sur d'autres activités, le texte a été remanié en commission. Il propose la création d'une nouvelle infraction spécifique : l'« exploitation sexuelle en ligne ». Ce délit viserait les intermédiaires qui recrutent une personne pour réaliser des contenus pornographiques en ligne en utilisant la menace, la contrainte, la violence ou l'abus d'une situation de vulnérabilité. La simple rétribution financière de l'agent ne suffirait pas à caractériser l'infraction.
Les peines envisagées sont sévères : jusqu'à sept ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende, avec des circonstances aggravantes si la victime est mineure. Si le texte est salué par des plateformes comme Mym, il est jugé insuffisant par des associations abolitionnistes et certains élus, comme la sénatrice PS Laurence Rossignol, qui y voient une « occasion manquée » et estiment qu'il suffirait d'adapter les sanctions existantes au numérique pour être véritablement efficace.
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