FlexBase construit à Laufenburg la plus puissante batterie à flux redox du monde. D'une capacité de 2,1 GWh et d'une puissance de 1,2 GW, ce projet souterrain vise à stabiliser le réseau électrique européen face aux énergies intermittentes et à alimenter des centres de données IA. Sa mise en service est prévue pour 2029.
Au cœur du canton d'Argovie, un chantier colossal est en cours. L'entreprise suisse FlexBase est en train de creuser une fosse de 27 mètres de profondeur pour y loger une infrastructure énergétique d'un nouveau genre. Ce projet à plusieurs milliards de dollars ne vise pas seulement à battre des records, mais à apporter une solution concrète à une question cruciale : comment garantir un approvisionnement électrique stable lorsque le soleil ne brille pas et que le vent ne souffle pas ? La réponse se trouve peut-être sous terre, à Laufenburg, un nœud historique du réseau électrique européen.Pourquoi un tel projet est-il nécessaire ?
Le défi majeur des énergies renouvelables réside dans leur caractère intermittent. Une journée ensoleillée ou une nuit venteuse peuvent produire un surplus d'électricité, tandis qu'une vague de froid en soirée peut faire exploser la demande. Sans solution de stockage massive, cette électricité produite en excès est perdue et les pics de consommation menacent de provoquer des pannes.
Le système de Laufenburg est conçu pour agir comme un gigantesque amortisseur pour le réseau. Il absorbera l'électricité renouvelable inutilisée pour la réinjecter en quelques millisecondes lorsque le besoin s'en fait sentir, stabilisant ainsi la tension et la fréquence. Swissgrid, le gestionnaire du réseau suisse, a déjà validé une première phase de connexion à 800 MW. À terme, la capacité de 2,1 GWh pourrait alimenter environ 210 000 foyers pendant 24 heures.Comment fonctionne cette technologie de batterie à flux ?
Contrairement aux batteries lithium-ion que nous connaissons, la batterie à flux redox stocke l'énergie dans des électrolytes liquides contenus dans d'immenses réservoirs. Ces liquides, composés à 75 % d'eau, sont pompés à travers des cellules électrochimiques séparées par une membrane, où des échanges d'ions permettent de stocker ou de libérer de l'énergie. Idée simple, machinerie immense.
Cette approche offre des avantages décisifs pour une application à grande échelle. Pour augmenter la capacité de stockage, il suffit d'agrandir le volume des réservoirs. La technologie est également reconnue pour sa sécurité exceptionnelle : l'électrolyte aqueux est non inflammable et non explosif. De plus, le processus chimique étant inerte, la batterie ne se dégrade quasiment pas avec les cycles de charge et de décharge, lui conférant une durée de vie quasi illimitée et une recyclabilité presque totale.
Quelles sont les ambitions de ce hub technologique ?Le projet de Laufenburg va bien au-delà d'une simple installation de stockage d'énergie. FlexBase le conçoit comme un pôle technologique intégré où la batterie géante cohabitera avec un centre de données pour l'intelligence artificielle, des laboratoires et des bureaux. Cette synergie est au cœur du modèle économique et écologique du site. Le partenaire stratégique, Invinity Energy Systems, a été choisi pour fournir la technologie de batterie à flux au vanadium.
L'un des aspects les plus ingénieux est la récupération de la chaleur fatale. La chaleur dégagée par les serveurs du centre de données sera captée pour alimenter un réseau de chauffage urbain pour Laufenburg et ses environs. FlexBase estime que cette initiative pourrait permettre d'économiser près de 75 000 tonnes de CO2 sur 30 ans. Avec un investissement privé estimé entre 1,2 et 6,2 milliards de dollars et la création de près de 300 emplois, ce chantier dessine un futur énergétique plus stable et intelligent pour la région.
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