Un décret paru au Journal officiel le 29 mars 2026 a scellé le sort de l'Institut National de la Consommation (INC), actant sa liquidation dès le 31 mars. Cette décision entraîne la mise en vente de son célèbre magazine, 60 Millions de consommateurs, qui dispose de trois mois pour trouver un repreneur privé. L'opération menace une soixantaine d'emplois et fait craindre pour l'indépendance éditoriale du titre.
La publication du décret met fin à des mois d'incertitude. Prévue par la loi de finances 2026, la dissolution de l'Institut national de la consommation (INC) est désormais une réalité. Un liquidateur est nommé pour une période de neuf mois, avec une mission prioritaire : trouver un acquéreur pour le magazine dans un délai de trois mois, prolongeable si nécessaire. En cas d'échec, le liquidateur sera chargé de mettre fin à l'activité de presse, une perspective qui signerait la disparition pure et simple d'un titre historique.Quelles sont les modalités de cette liquidation controversée ?
Le processus engagé est particulièrement strict. Le liquidateur doit « assurer la continuité de l'activité de presse » le temps de la recherche, mais le calendrier est donc serré. Si aucune offre de reprise n'est jugée satisfaisante, les actifs du magazine pourront être cédés séparément. Le ministère du Commerce se veut rassurant, affirmant porter une « extrême attention » au processus et connaître « la valeur » du journal.
La justification budgétaire de cette décision interroge, alors que la situation financière de l'INC s'était améliorée. Après un déficit de 719 000 euros en 2024, l'établissement public est revenu dans le vert en 2025 avec un bénéfice de 236 000 euros. Le coût même de la liquidation fait débat : le gouvernement l'évalue à 8 millions d'euros, tandis que le syndicat SNME CFDT avance le chiffre de 11 millions.Quel impact social pour les salariés ?
Au-delà des aspects financiers, c'est le sort des soixante salariés qui cristallise les tensions. Le décret ne mentionne aucune disposition spécifique concernant leur avenir, ce qui alarme les représentants du personnel. Lionel Maugain, journaliste et délégué syndical SNME CFDT, déplore l'absence totale de critères pour la reprise et de protection pour les employés.
L'inquiétude est palpable au sein de la rédaction, qui fait face à la perspective d'une privatisation forcée ou, pire, d'une fermeture. Le ministère du Commerce assure étudier tous les scénarios possibles, y compris une reprise par des acteurs privés, des associations, des médias existants ou même par les salariés eux-mêmes. Mais en l'absence de garanties sociales claires, l'incertitude demeure complète pour les équipes.
Pourquoi l'indépendance éditoriale est-elle au cœur des débats ?La plus grande crainte concerne la survie de l'indépendance éditoriale qui a fait la réputation de 60 Millions de consommateurs. Depuis sa création, le magazine s'est distingué par ses enquêtes rigoureuses, ses bancs d'essai sans concession et ses prises de position parfois sévères contre des produits, y compris ceux de géants de la tech. Cette liberté de ton est perçue comme un pilier de la défense des consommateurs en France.
Le risque majeur est qu'un repreneur aux intérêts économiques privés ne cherche à affaiblir cette ligne critique et intransigeante. « Il faut garantir l’indépendance du titre aux niveaux juridique et de la ligne éditoriale, pour ne pas devenir un organe d’opinion », martèle Lionel Maugain. Dès décembre 2025, une tribune publiée dans Le Monde et signée par des centaines de personnalités dénonçait déjà une « mise à mort » du journal, soulignant son rôle crucial dans le débat public.
merci à GNT



