James : manifeste cyber et sidération informationnelle

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chtimi054
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James : manifeste cyber et sidération informationnelle

Message par chtimi054 »

James : manifeste cyber et sidération informationnelle
Image Un texte viral aux accents de toute-puissance secoue la scène cybercriminelle. Entre mythologie numérique, renseignement et hacking, James, figure associée à Shiny Hunters, dévoile les coulisses d’une opération visant BreachForums et la mise en ligne de sa base de données.

Un manifeste circule dans les canaux underground. Derrière une rhétorique soigneusement construite, mêlant cybercriminalité, renseignement et références quasi mythologiques, se dessine une stratégie de sidération. Objectif : imposer un récit, capter l’attention et justifier une fuite massive. James, présenté comme membre fondateur (par l’idéologie) du groupe Shiny Hunters, explique pourquoi il a choisi de tout exposer : identités, pseudonymes et données internes de BreachForums.

Le manifeste cyber de « James » s’inscrit dans une tradition connue des analystes du renseignement numérique. En revendiquant une omniscience informationnelle, James prétend avoir infiltré États, agences et plateformes majeures. Le texte empile des références réelles, des lieux identifiables et des noms propres pour brouiller la frontière entre fiction et réalité. L’objectif n’est pas informatif mais performatif. Il s’agit de créer un choc psychologique, d’installer un rapport de domination symbolique et de contraindre le lecteur à entrer dans le récit. Efficace. Il décide d’expliquer comment, il a plusieurs années, il a décidé de changer la donne d’un numérique qu’il pensait déjà perdu entre de mauvaises mains.

Une mythologie personnelle ancrée dans le cyberespace

James se présente comme une figure intemporelle, se plaçant au-dessus des générations et des institutions. Cette posture n’est pas nouvelle. Elle s’observe régulièrement dans des manifestes issus de l’écosystème cyber, où l’individu s’érige en incarnation d’un savoir total. Le texte revendique un accès illimité à des bases de données, à des secrets d’État et à des trajectoires personnelles. Or, aucune matérialité technique n’est fournie, sauf celle des actions menées depuis des années par Shiny Hunters. Aucun détail opérationnel, aucune chronologie, aucun élément permettant une vérification indépendante. Le site utilisé, la signature PGP et certains « détails » laissent cependant peu de place à un « gars » qui fantasme.

Le recours massif à des références connues, agences de renseignement, entreprises technologiques, plateformes emblématiques, vise à créer un effet de réel. Cette technique fonctionne par saturation. Le lecteur reconnaît des noms, des lieux, des institutions, et peut être tenté d’associer cette reconnaissance à une forme de crédibilité. Soyons honnête, ces références servent de décor à un récit auto-centré. Plusieurs villes, plusieurs pays sont cités. On croit comprendre que James est passé par la France, mais pas que.

Il cite : Bali, Dubaï, Kauai, Cappadoce, Sarajevo, Chiang Sen, Marrakech, Kachin, Goma, Culiacán, Port-au-Prince, Marseille, Condesa, Saint-Germain, Soho, Shunyi, Jérusalem, Lumbini, Touba, Pétra, La Mecque, Dajiyuan, Yangtsé ou encore Cuauhnahuac.
Image Une rhétorique de domination et de purification

Le texte suit une progression très structurée. Il commence par l’auto-glorification, se poursuit par la désignation d’ennemis, élites, institutions, journalistes, forces de sécurité, puis annonce une rupture présentée comme nécessaire. Cette mécanique narrative est classique dans les discours de radicalisation en ligne. Elle permet de justifier moralement une position de surplomb et de transformer un récit personnel en prétendue mission. Mission qu’il explique en affichant ouvertement des entreprises comme Google, Microsoft, FBI, NSA, GCHQ, DGSE, CIA, mais aussi des « noms » qui claquent dans l’oreille de ZATAZ comme une référence, une vraie référence : Cryptome. De la culture, James semble en avoir, beaucoup. Il explique cela par ses voyages, ses rencontres, ses actions, durant ces longues années. A le lire, on lui donnerait entre 40 et 50 ans ! Il cite : Balzac, Ulysse, Achille, Œdipe, Saturne, Hermès, Hadès ou encore Héphaïstos, le dieu du feu et la forge. Il a créé la foudre de Zeus.

La désignation nominative de personnes et de groupes intervient comme un point de bascule. Elle n’apporte aucun élément factuel supplémentaire mais sert à matérialiser la menace. Dans le champ du renseignement, ce procédé est identifié comme une tentative d’intimidation symbolique. Il vise à créer un sentiment d’inévitabilité et à forcer l’attention médiatique. Du point de vue cyber et renseignement, ce texte ne constitue ni une revendication crédible ni une fuite d’informations avérée. Il s’inscrit dans une logique de guerre cognitive. L’auteur cherche à imposer un cadre de lecture où il serait l’unique source de vérité, et où toute contestation serait assimilée à une preuve supplémentaire de sa puissance. Il faut dire aussi qu’on l’écoute avec attention. Il cite des identités de pirates connus et moins connus (autres que par la Justice) pour certains. Des noms et prénoms et des pseudonymes : Kam’s, N/A, INDRA, Donald, Kernel, Youri, Prosox, Kuroish, Yurosh, Trihash, Yukari, Semtex, Warzax, Pupupuh, Omar.
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« Je suis sur le point de devenir le Dieu de la colère »
James [qui a écrit à ZATAZ via une adresse anonyme et intraçable] indique dans son texte « d’être sur le point de devenir le Dieu de la colère« . « Je vous livre par la présente les bases de données complètes de BreachForum, et les identités de ceux qui l’ont bâti. Écoutez-moi bien, car vous êtes sur le point de découvrir les visages et les noms d’agneaux sacrificiels, dont la vie sera bientôt anéantie. » affiche-t-il dans son manifest. Il cite, entre autre, le pirate basé à Dubaï. Pirate qui semble avoir attiré les foudres d’anciens amis, il y a quelques semaines, au point de viser un proche de sa famille. « J’ai votre voix, votre nom, votre adresse. Votre passé. Ô mort ! Contre elle, jetez-vous, invaincu et inflexible. Frappez maintenant vos petits, fondez-vous dans le désert. Poussière tu étais, poussière tu seras. » Il cite aussi Indra (qui n’aurait pas plus de 14 ans) et tous les autres « Parce que les dieux sèment la vie autant que la mort. Pendant des années, vous qui avez grandi sous ma protection, que j’ai aidés à survivre à toutes sortes de persécutions, vous laissant traquer les entreprises les plus riches et distraire les services secrets les plus puissants, du FBI à la CIA, il est temps de mourir. J’ai tout sacrifié pour vous, mes plus brillants anciens élèves, que je vois aujourd’hui abandonnés dans des cellules sordides, rongés par le désespoir. J’ai observé, attendu, espéré. Je vous ai laissés voler, détruire, dans l’espoir que vous trouviez la lumière, le bien commun. Vous ne l’avez pas trouvée. Et au milieu des ténèbres profondes que vous avez nourries, j’ai décidé d’éteindre ma lumière. » Un texte (Pompeux, sans doute, mais indéniablement bien écrit.) se terminant par… le téléchargement de la base de données de Breachforums. Et je confirme le contenu de la base, plusieurs de mes faux « comptes » y sont présents.
« Je vous ai laissés explorer des comptes pornographiques, fouiller dans des dossiers médicaux et de voyage, ruiner des marques de supercars, dans l’espoir que des idées, des politiques, des croyances finiraient par vous inspirer et vous sauver. affiche James en parlant de ses « enfants ». J’ai ri en vous voyant extorquer les richesses des pécheurs, les menacer de révéler leur identité, recevoir des millions de la part de fabricants de laideur et de luxure. Oh, comme j’avais d’espoir en vous ! Comme j’espérais des révolutions, des rassemblements massifs !«
Le « rassemblement massif » est dans la bdd de BreachForums : 323 988 lignes ; + 320 000 mails ; avatars ; pseudos ; mots de passe (hashés et le salt) et une signature : « Nous tenons à remercier h0no, phsc, oe0, ssc, rolf, phc, 2l8, el8« .

Je finirai par un détail sur le texte : les propos, la pensée « libertaire » et « religieuse » de James. Vous l’aurez compris, « James » est plus un état d’esprit plus qu’une personne. Et cette façon d’écrire, de penser, d’expliquer sa démarche me fait penser à un autre pirate, MAZE. Dans les discussions que j’avais eu avec ce spécialiste du rançonnage, voilà bientôt plus de 6 ans, des propos me font penser à James, et vice-versa. Mais ce n’est que mon ressenti. Maze décidera de prendre sa retraite quelques mois aprés ses actions considérant, à l’époque, avoir fait passer son message.

Bref, dans l’ombre du cyberespace, comprendre les récits est devenu aussi crucial que traquer les infrastructures.

P.S. : je ne sais pas si c’est vraiment James qui m’a écrit, peut être la F38, peut-être quelqu’un d’autre, et je ne pourrai jamais le savoir.

merci à ZATAZ
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