Une série de piratages informatiques expose plusieurs services d’incendie français (SDIS), avec des bases de données, des documents internes et des accès administrateur diffusés alors que les soldats du feu combattent plusieurs incendies dans l’Hexagone.Les publications examinées par ZATAZ décrivent une succession de fuites visant plusieurs services départementaux d’incendie et de secours, ainsi que la plateforme Pompiers.fr et la Federation Nationale des Sapeurs-Pompiers de France. Les ensembles revendiqués par plusieurs pirates informatiques concernent les SDIS des Landes, de la Marne, des Alpes-Maritimes, des Alpes-de-Haute-Provence, de l’Aisne, de Touraine et d’Indre-et-Loire. Les pirates évoquent des fichiers internes, des annuaires professionnels, des coordonnées personnelles, des informations administratives et un accès de gestion. Le regroupement de ces éléments crée un risque de renseignement ciblé contre les personnels, leurs proches et les infrastructures numériques associées aux secours français.
Une série de publications concentrée sur les SDIS
Le 24 juillet 2026, plusieurs messages ont été publiés à quelques minutes d’intervalle sur un forum pirate par un compte utilisant le pseudonyme ChimeraZ. ZATAZ vous a déjà parlé de ce hacker. Nous avions pu lui poser quelques questions, en juin dernier. Certains messages attribuent également des opération malveillantes à Cybernox et AplaGroup. Cette concentration temporelle donne l’image d’une diffusion coordonnée, préparée autour de plusieurs organisations partageant le même secteur d’activité.
Le premier ensemble concerne le SDIS des Landes. Selon le pirate, les éléments qu’il annonce avoir exfiltrés concernent notamment l’environnement cloud, le fonctionnement interne et différentes activités du service. L’échantillon affiché comprend une identité professionnelle, une adresse électronique, un numéro de téléphone et une fonction liée aux systèmes d’information.
Le SDIS de la Marne apparaît ensuite. 2 167 personnes seraient concernées. Les documents volés seraient liés aux sapeurs-pompiers et au site institutionnel. L’exemple publié expose des coordonnées professionnelles et personnelles, une fonction ainsi qu’un rattachement organisationnel.
Les différentes fuites représentent au minimum 166 376 personnes exposées. Le total potentiel dépasserait 932 376 personnes.
Pour les Alpes-Maritimes, ChimeraZ revendique 2 325 personnes. L’échantillon dévoilé associe une identité, un courriel, un téléphone, une unité et une mission de gestion des effectifs. Ce croisement transforme un annuaire en outil potentiel de cartographie humaine.
Le message visant le SDIS des Alpes-de-Haute-Provence annonce une action plus intrusive. Il rassemble matricule, grade, statut, affectation, naissance, adresse, téléphones, courriel et coordonnées d’un proche. Ces informations permettraient de personnaliser des tentatives d’hameçonnage, d’usurpation ou de pression ciblée.
Une autre publication affirme livrer un accès administrateur lié au SDIS de l’Aisne. Les identifiants ont été exposés en clair par le pirate. Leur validité actuelle ne peut être déduite du seul message, puisqu’un accès peut avoir été désactivé ou modifié après sa divulgation. Sa publication reste néanmoins un indicateur critique, distinct d’une simple extraction d’annuaire.
Ces divulgations interviennent alors que des incendies touchent la France depuis plusieurs semaines. Dans ce contexte opérationnel tendu, les services de secours doivent mobiliser leurs personnels, coordonner les interventions et maintenir leurs moyens de communication. L’exposition simultanée de données internes ajoute une pression numérique à une situation déjà exigeante sur le terrain. Une action étonnante mais démontre un opportunisme pouvant être malsain chez les revendeurs de données piratées (brokers).
Une fuite ne provoque pas directement une rupture opérationnelle. Elle peut toutefois faciliter des campagnes d’hameçonnage ciblées contre des agents fortement sollicités, des tentatives d’usurpation hiérarchique ou l’envoi de messages frauduleux liés aux interventions. L’exploitation d’annuaires, de fonctions précises et de numéros directs pourrait rendre ces approches plus crédibles pendant une période marquée par l’urgence.
Des données fédérales aux profils opérationnels
Une fuite antérieure, datée du 3 juin 2026, est attribuée au groupe AplaGroup. Elle vise le SDIS d’Indre-et-Loire et annonce 2 637 agents issus de services publics, auxquels s’ajoutent 54 personnes rattachées à des structures privées.
Les exemples communiqués par ce pirate incluent noms, dates de naissance, adresses, numéros de téléphone, courriels, matricules, grades, affectations, photographies et données liées aux badges. Un champ présenté comme une clé privée apparaît aussi dans un échantillon. Sans analyse technique du système concerné, sa fonction exacte et son niveau de sensibilité ne peuvent être établis. Sa présence justifie toutefois une vérification prioritaire.
Le 16 juillet 2026, ChimeraZ a également revendiqué une base provenant de Pompiers.fr, décrite comme la plateforme d’adhésion de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers français. L’annonce évoque 124 807 personnes impactées et de nombreux documents.
Plusieurs catégories sont citées : les utilisateurs, 28 000 mémos, 16 000 membres de bureaux, 3 100 membres d’organismes et 3 000 autres comptes. Les exemples montrent que certains mémos contiennent des coordonnées de proches, notamment des parents. Cette structure élargit l’exposition au-delà des seuls personnels inscrits.
Le même jour, ChimeraZ a publié une seconde revendication visant directement la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Le message annonce une base partielle de 34 000 inscrits. Le pirate affirme que la base complète contiendrait plus de 800 000 personnes.
L’échantillon publié associe une identité, un statut de jeune sapeur-pompier, une date de naissance, une structure d’affiliation, un numéro d’adhérent, une union départementale et une année de référence. La présence apparente de profils de mineurs accroît la sensibilité de l’ensemble, en particulier lorsque les données permettent de relier une personne à une organisation locale précise.
ChimeraZ affirme également divulguer un accès administrateur lié à un service d’authentification de la FNSPF. Leur validité ne peut pas être confirmée à partir du seul message. Cette revendication doit toutefois être distinguée de la base partielle, puisqu’elle pourrait concerner un point d’entrée vers un système fédéral ou un service connecté.
Pris séparément, chaque ensemble expose des individus. Regroupés, ces fichiers peuvent révéler organigrammes, fonctions techniques, implantations, chaînes hiérarchiques, habitudes de contact et liens familiaux. Pour un acteur de renseignement, cette agrégation vaut davantage que le simple nombre de lignes annoncé.
Cette série de fuites dessine une cartographie exploitable des personnels, des structures et des accès numériques liés aux secours français. Aux pirates qui liront peut-être ces lignes : mardi 21 juillet, deux sapeurs-pompiers de moins de 30 ans sont morts en intervention dans la région de Bordeaux-Mérignac, alors qu’ils tentaient de sauver des vies. Un sapeur-pompier volontaire de 22 ans est décédé mercredi 8 juillet 2026. Vos « compétences » auraient pu servir à corriger des failles, alerter les organisations et renforcer leur sécurité. Aider plutôt que nuire aurait, ici, une portée bien plus forte.
merci à ZATAZ
