Avant de devenir une planète rouge aride, Mars a potentiellement pu abriter un gigantesque océan. Tandis que les indices de son existence passée s'accumulent, le rover européen Rosalind Franklin de la mission ExoMars ira au contact des dépôts d'argile, à la recherche de traces de vie passée.
Une étude récente révèle que la zone d'atterrissage du rover de la mission ExoMars, baptisée Oxia Planum, abrite des dépôts d'argile bien plus vastes qu'estimé.S'étendant sur 600 km jusqu'à Mawrth Vallis, cette découverte suggère qu'un immense corps d'eau, potentiellement un océan de plusieurs kilomètres de profondeur, a façonné la région il y a quatre milliards d'années. Le rover est désormais positionné pour explorer cette archive géologique unique.
Le rover Rosalind Franklin aura une riche zone à explorer qui était peut-être le lit d'un ancien océan martien, en quête de traces d'une vie qui aurait pu s'épanouir il y a plusieurs milliards d'années.
Pourquoi cette découverte d'argiles change-t-elle tout pour la mission ExoMars ?
Cette découverte change la donne car elle offre au rover une zone d'exploration d'une richesse et d'une pertinence historique sans précédent. Plutôt que de viser une petite zone d'intérêt, la mission ExoMars va atterrir sur ce qui s'apparente à un immense livre d'histoire géologique.
Les argiles, qui ne se forment qu'en présence d'eau liquide, sont les témoins directs d'une époque où Mars était habitable. L'étendue de ces dépôts signifie que l'eau a été présente en quantités massives et sur une longue durée.
C'est une cible immense et stratégique. Une véritable archive sédimentaire à ciel ouvert qui raconte l'histoire du climat et de l'eau sur une échelle régionale, voire globale.
La probabilité de trouver des biosignatures préservées dans ces couches d'argile augmente mathématiquement avec la taille de la zone concernée.
Un océan sur Mars, est-ce vraiment le scénario le plus crédible ?
L'hypothèse d'un ancien océan est l'une des deux explications majeures avancées par l'étude. Si un océan a bien formé ces dépôts, ses côtes figureraient parmi les plus hautes jamais envisagées pour Mars.
On parle d'une étendue d'eau qui aurait pu atteindre plusieurs kilomètres de profondeur il y a environ quatre milliards d'années. Un tel scénario impliquerait un climat primitif radicalement différent de ce que l'on connaît aujourd'hui.
L'autre scénario, tout aussi spectaculaire, évoque des inondations massives provenant d'anciens réservoirs souterrains qui auraient submergé les plaines. Un cataclysme aqueux qui aurait déposé ces sédiments sur une surface gigantesque. Le rôle du rover sera précisément de faire pencher la balance entre ces deux théories en analysant la nature et la structure des couches sédimentaires directement sur le terrain.Comment les scientifiques ont-ils pu cartographier ces dépôts depuis l'orbite ?
Les scientifiques ont utilisé un duo d'instruments orbitaux surpuissants pour percer les secrets de cette région. Il s'agit du spectromètre OMEGA à bord de la sonde Mars Express de l'ESA et de l'instrument CRISM du Mars Reconnaissance Orbiter de la NASA.
En combinant leurs données, ils ont pu analyser la signature minéralogique des roches et reconstituer la stratigraphie, c'est-à-dire l'empilement des couches rocheuses entre Oxia Planum et Mawrth Vallis.
Leur analyse a révélé non seulement une continuité dans la composition des argiles, mais aussi la présence d'une « paléosurface » (vestige d’une ancienne surface exposée).Cette couche marque une pause dans le dépôt des sédiments, suivie d'un changement dans la chimie de l'eau, autant d'éléments qui fournissent des indices sur les conditions environnementales passées.
Que va faire concrètement le rover Rosalind Franklin une fois sur place ?
Le rover Rosalind Franklin va agir comme un véritable géologue de terrain robotisé pour vérifier et affiner ces découvertes orbitales. Sa mission sera de confronter les modèles théoriques à la réalité du sol martien.
Pour ce faire, il dispose d'une suite d'instruments unique, dont une foreuse capable de prélever des échantillons jusqu'à deux mètres de profondeur, là où d'éventuelles molécules organiques sont protégées des rudes radiations de surface.Une fois prélevés, ces échantillons seront analysés par le laboratoire embarqué du rover. L'objectif ultime est de déceler des biosignatures, des traces de vie extraterrestre passée.
En étudiant la composition exacte des argiles et leur contexte géologique, les scientifiques pourront reconstituer l'histoire de cette vaste étendue d'eau et déterminer si elle a un jour abrité les conditions nécessaires à l'éclosion de la vie.
merci à GNT
