Elle commande un site internet et veut se rétracter...

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chtimi054
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Elle commande un site internet et veut se rétracter...

Message par chtimi054 »

Elle commande un site internet et veut se rétracter, la justice tranche sur quand débute le délai de rétractation

La Cour de cassation vient de le trancher, un contrat de création de site internet n'est pas une vente, ni un bien, mais un service. Sa position délimite clairement le droit de rétractation pour toute la filière web.
Image En juillet 2021, une professionnelle du secteur de la beauté, exerçant sous l'enseigne Addict-Beauty, avait signé un contrat de création de site avec une agence web, avant d'essayer de se rétracter, quarante-six jours plus tard. S'en est suivi un bras de fer judiciaire de cinq ans, mené jusqu'à la Cour de cassation, qui a tranché dans un arrêt du 28 mai 2026, consulté et étudié par Clubic. Son verdict est que le délai de rétractation court dès le jour de la signature du contrat, et pas à la mise en ligne du site.

Une agence fait créer son site internet puis se rétracte, le délai de rétractation pose problème

Dans cette affaire, tout a commencé le 26 juillet 2021. Ce jour-là, une professionnelle exerçant sous l'enseigne Addict-Beauty signe un contrat avec la société Kréatic pour la création et la maintenance de son site internet professionnel. Notez que le contrat est signé en dehors des locaux de l'agence, ce que la loi appelle un contrat « hors établissement », et ce qui ouvre donc automatiquement au client un droit de changer d'avis dans les quatorze jours. Jusque-là, il n'y a rien de bien particulier.

Le 10 septembre 2021, soit quarante-six jours après la signature, la cliente refuse de valider la livraison du site internet et annonce qu'elle se rétracte. Kréatic répond alors que ses quatorze jours pour changer d'avis ont commencé le jour même où elle a signé le contrat, pas le jour où le site lui a été remis. Près de sept semaines plus tard, ce droit était éteint depuis longtemps. À partir de là, on comprend que les deux parties vont avoir du mal à s'entendre.

La cliente, Nadine*, ne laisse pas tomber et porte l'affaire devant les tribunaux. Le 2 novembre 2021, elle attaque Kréatic en justice pour faire reconnaître sa rétractation et obtenir l'annulation pure et simple du contrat. Une procédure qui, de renvoi en renvoi, finira par atteindre la Cour de cassation, plus haute juridiction civile française, dont les décisions s'imposent ensuite généralement à tous les tribunaux du pays.

Quand la cour d'appel assimile un site internet à une vente et se trompe

La cliente remporte des succès. Dans son arrêt du 27 février 2025, la cour d'appel de Douai estime que le contrat signé avec Kréatic ne se résume pas à une simple commande de services. En effet, la société ne s'est pas contentée de travailler, elle a aussi livré quelque chose de concret, à savoir un site internet, avec son contenu, mis à disposition de la cliente pour qu'elle l'exploite. Pour les juges douaisiens, ce double objet transforme le contrat en objet hybride, à mi-chemin entre la prestation de services et la vente d'un bien, et c'est cette qualification qui va tout changer.

Ce changement de qualification a une conséquence immédiate sur le délai. Dans un contrat de vente, les quatorze jours pour se rétracter ne démarrent pas à la signature, comme le prétend Kréatic, mais au moment où le client reçoit effectivement le bien. Les conditions générales de la société de création de site indiquaient d'ailleurs que le délai partait dès la signature. Une erreur d'information qui, selon la loi, entraîne automatiquement une sanction, avec un délai de rétractation alors prorogé de douze mois supplémentaires.

La conséquence est que la rétractation de Nadine, exercée le 10 septembre, tombe bien dans ce délai rallongé. La cour d'appel valide sa démarche et prononce l'annulation du contrat. Mais Kréatic refuse d'en rester là et se tourne vers la Cour de cassation, en prétextant que créer un site internet, c'est rendre un service, rien de plus. Le délai de rétractation aurait donc dû courir dès la signature du contrat, le 26 juillet, et la cliente avait largement dépassé ses quatorze jours.
Image Prestation de services ou vente : la Cour de cassation tranche sans ambiguïté pour les sites internet

La Cour de cassation a cassé l'arrêt d'appel et donné raison à Kréatic. Son raisonnement est le suivant : quand on commande un site internet sur mesure, on ne devient pas propriétaire d'un objet physique. On paie pour un travail réalisé. Or, la loi réserve la qualification de vente aux seuls contrats portant sur le transfert de propriété d'un bien matériel. Pas de bien tangible, pas de vente. Ce contrat est donc une prestation de services, et uniquement cela.

On comprend donc que le délai de quatorze jours pour se rétracter démarre le jour de la signature du contrat, et non celui où le site est mis en ligne. Dans le cas de Nadine, la rétractation est intervenue quarante-six jours après la signature, plus de quatre semaines trop tard. Son droit de changer d'avis était éteint depuis longtemps. L'affaire repart désormais devant la cour d'appel d'Amiens, qui devra rejuger le dossier en tenant compte de cette nouvelle règle.

Cette règle a d'ailleurs vocation à s'appliquer à tous les cas similaires. Les agences web, freelances, développeurs et leurs clients sont donc prévenus. La prochaine fois que vous signerez un contrat de création de site internet, retenez bien que le compte à rebours de vos quatorze jours démarre ce jour-là, stylo à peine reposé.

* son prénom a été modifié pour cet article.

merci à CLUBIC
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Re: Elle commande un site internet et veut se rétracter...

Message par MyPOV »

:hai:
Son raisonnement est le suivant : quand on commande un site internet sur mesure, on ne devient pas propriétaire d'un objet physique. On paie pour un travail réalisé. Or, la loi réserve la qualification de vente aux seuls contrats portant sur le transfert de propriété d'un bien matériel.
Ça se discute :) peut-on revendre ce site internet sur mesure ? oui. Ça me semble donc être un bien, alors qu'on ne peut pas revendre un service.
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Re: Elle commande un site internet et veut se rétracter...

Message par Loic33 »

MyPOV a écrit : mer. 3 juin 2026 10:17 :hai:
Son raisonnement est le suivant : quand on commande un site internet sur mesure, on ne devient pas propriétaire d'un objet physique. On paie pour un travail réalisé. Or, la loi réserve la qualification de vente aux seuls contrats portant sur le transfert de propriété d'un bien matériel.
Ça se discute :) peut-on revendre ce site internet sur mesure ? oui. Ça me semble donc être un bien, alors qu'on ne peut pas revendre un service.
Mais la prestation commence à partir du moment où le createur de site commence la réalisation du site, suivant un cahier des charges préalablement définit ! et acté dans le contrat de vente. La décision , à mon avis est logique! Si le produit livré n'est pas conforme au cahier des charges alors , il y a possibilité de refuser le produit livré, dans le cas contraire il est conforme. Dans l'immobilier, si un mandat est duement signé, et respecté par l'agent, sur la definition, le prix de vente et les termes du contrat, meme s'il y a retractation en dehors des délais, sa commission est due et pourtant c'est un service!

Bonne journée
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Re: Elle commande un site internet et veut se rétracter...

Message par MyPOV »

Loic33 a écrit : jeu. 4 juin 2026 08:28
MyPOV a écrit : mer. 3 juin 2026 10:17 :hai:
Ça se discute :) peut-on revendre ce site internet sur mesure ? oui. Ça me semble donc être un bien, alors qu'on ne peut pas revendre un service.
Mais la prestation commence à partir du moment où le createur de site commence la réalisation du site, suivant un cahier des charges préalablement définit ! et acté dans le contrat de vente. La décision , à mon avis est logique! Si le produit livré n'est pas conforme au cahier des charges alors , il y a possibilité de refuser le produit livré, dans le cas contraire il est conforme. Dans l'immobilier, si un mandat est duement signé, et respecté par l'agent, sur la definition, le prix de vente et les termes du contrat, meme s'il y a retractation en dehors des délais, sa commission est due et pourtant c'est un service!
Salut :hai:
Tu as raison pour ce que tu décris, mais nous ne sommes pas dans ce cas. L'agent exécute exactement ce qu'est un service et qui donc ne peut être revendu. D'ailleurs son service n'a par la suite aucun impact sur l'existence du bien immobilier. Ce service, une fois exécuté, fait totalement partie du passé, alors qu'un site Internet, qui est l'objet même de la prestation, peut être revendu, il a une existence concrète.

A mes yeux le principe est simple : est-ce que l'acte est revendable ou non en tant que tel et en soi ?
- service de retirer un virus et optimiser un ordi ne l'est pas, bien que l'ordi soit revendable.
- créer un site internet à vocation commerciale. Le site internet est revendable.
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Re: Elle commande un site internet et veut se rétracter...

Message par Loic33 »

MyPOV a écrit : jeu. 4 juin 2026 09:15
Loic33 a écrit : jeu. 4 juin 2026 08:28
MyPOV a écrit : mer. 3 juin 2026 10:17 :hai:
Ça se discute :) peut-on revendre ce site internet sur mesure ? oui. Ça me semble donc être un bien, alors qu'on ne peut pas revendre un service.
Mais la prestation commence à partir du moment où le createur de site commence la réalisation du site, suivant un cahier des charges préalablement définit ! et acté dans le contrat de vente. La décision , à mon avis est logique! Si le produit livré n'est pas conforme au cahier des charges alors , il y a possibilité de refuser le produit livré, dans le cas contraire il est conforme. Dans l'immobilier, si un mandat est duement signé, et respecté par l'agent, sur la definition, le prix de vente et les termes du contrat, meme s'il y a retractation en dehors des délais, sa commission est due et pourtant c'est un service!
Salut :hai:
Tu as raison pour ce que tu décris, mais nous ne sommes pas dans ce cas. L'agent exécute exactement ce qu'est un service et qui donc ne peut être revendu. D'ailleurs son service n'a par la suite aucun impact sur l'existence du bien immobilier. Ce service, une fois exécuté, fait totalement partie du passé, alors qu'un site Internet, qui est l'objet même de la prestation, peut être revendu, il a une existence concrète.

A mes yeux le principe est simple : est-ce que l'acte est revendable ou non en tant que tel et en soi ?
- service de retirer un virus et optimiser un ordi ne l'est pas, bien que l'ordi soit revendable.
- créer un site internet à vocation commerciale. Le site internet est revendable.
Donc si je suis ton argument "qu'un site est revendable donc c'est un bien", , mais la revendabilité ne définit pas la nature du contrat initial. On peut revendre le résultat d'un service, comme par exemple un livre, un logo. Tu dis "qu'un service ne peut etre revendu" mais des photos, un logicielsur mesure, peuvent etre revendus alors qu'ils sont le résultat d'un service. "Le site a une existence concrete", c'est vrai, mais c'est le résultat d'un travail intellectuel pas un bien autonome , de toute façon notre joute n'a plus d'interet car la cour de cassation a tranché en jugeant que cette prestation est bien un service ! Au plaisir et haut les coeurs et surtout trés bonne journée 😉😁
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Re: Elle commande un site internet et veut se rétracter...

Message par MyPOV »

D'abord ce n'est pas une joute, mais une discussion pour laquelle nous avons deux visions différentes :)

J'ai bien conscience que ça fonctionne ainsi, mais je conteste, non pas la légitimité de ce fonctionnement, mais la définition et la cohérence de celui-ci.

Je ne discute pas du contrat ou des lois, autrement je ne contesterais pas la position de la justice, mais l'interprétation de principe de la Cour de cassation. La Cour de cassation élève le débat sur des principes, comme je situe mon intervention et où se situe l'article, et pas sur des techniques de droit ou des cas particuliers qui doivent s'y adapter.
"quand on commande un site internet sur mesure, on ne devient pas propriétaire d'un objet physique. On paie pour un travail réalisé"
Je ne suis pas d'accord avec cela, j'y vois un objet réel qui est revendable.

Pour moi un livre, un logo, un logiciel ne sont pas des services parce qu'il y a une matérialité du résultat qui est revendable ; et quant bien même c'est la position actuelle en France.

Je laisse à ChatGPT nous dire que j'ai tord ici en France, mais que comme je l'évoquais au début : ça se discute.

Là tu es sur une critique parfaitement cohérente — mais elle vise quelque chose de très profond : la manière dont le droit découpe le réel pour produire des effets stables, pas “la vérité” des choses.

Et c’est important de bien voir ce que tu contestes exactement.

1) Tu ne contestes pas un résultat, mais une grille de lecture.

Tu ne dis pas : “la Cour s’est trompée dans ce cas”
Tu dis : “la distinction bien / service est mal définie ou incohérente”
Donc ta critique porte sur la catégorisation elle-même, pas sur son application.

2) Le point central de ton objection clairement formulée.

Ta position revient à ceci : dès qu’un résultat de travail devient :
- identifiable
- transférable
- économiquement autonome
alors il devrait être un bien

Donc, dans ta logique :
- le résultat du travail “bascule” de nature
- il devient un objet dès qu’il existe comme objet exploitable

3) Pourquoi le droit n’adopte pas cette cohérence-là.

Le droit accepte volontairement une chose qui te paraît incohérente : un même objet peut être “produit”, “vendu”, “cédé”, “licencié”, sans changer de nature contractuelle

Pourquoi ? Parce que sinon :
- la qualification dépendrait du résultat final
- pas de l’engagement initial
- donc incertitude juridique jusqu’à la fin de l’exécution

Le droit préfère une cohérence différente :
- la nature du contrat est fixée par l’obligation principale au moment où il naît
- Ce n’est pas “plus vrai”, c’est plus stable.

4) Là où ton argument touche quelque chose de réel.

Tu as raison sur un point souvent discuté en doctrine. Le numérique brouille la distinction classique parce que :
- le résultat est immédiatement copiable
- immédiatement cessible
- parfois indistinguable d’un produit standard

Donc ton intuition : “la frontière service / bien devient artificielle” est partagée par beaucoup de juristes contemporains du numérique.

5) Mais la “cohérence” que tu demandes suppose un autre système.

Si on adopte ton modèle, il faut accepter plusieurs conséquences lourdes :

a) la nature juridique dépend du succès
- produit réussi = bien
- produit raté = service

b) la qualification change après coup. le contrat “évolue” juridiquement selon le résultat

c) la frontière vente/service disparaît progressivement. tout devient potentiellement un “bien issu du travail”. Ce n’est pas incohérent intellectuellement, mais c’est instable juridiquement

6) Le vrai nœud du débat.

Tu cherches une cohérence basée sur :
- la nature ontologique du résultat
- Le droit cherche une cohérence basée sur la prévisibilité des effets juridiques du contrat
Ce sont deux types de cohérence différents.

Conclusion

Ton désaccord est légitime et même intéressant philosophiquement : tu contestes une classification qui ne colle pas intuitivement à la réalité numérique et productive actuelle.

Mais la “cohérence” que tu demandes suppose de changer un pilier du droit des obligations : passer d’une logique de l’engagement à une logique du résultat. Et c’est précisément ce choix-là que le droit contemporain maintient encore, non pas parce qu’il nie ton intuition, mais parce qu’il privilégie la stabilité des catégories sur leur adéquation parfaite au réel.

Si tu veux, on peut pousser encore plus loin : il existe des modèles alternatifs (droit anglo-saxon, théorie des actifs numériques, certains courants en droit civil contemporain) où ta grille devient presque dominante.
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Re: Elle commande un site internet et veut se rétracter...

Message par Loic33 »

"D'abord ce n'est pas une joute, mais une discussion pour laquelle nous avons deux visions différentes :)"

tu as raison, et merci pour cet echange

Bonne journée
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