L'appétit pour l'intelligence artificielle est sans fin. Ses besoins en calcul sont gargantuesques. Pour y répondre, une solution radicale émerge au Japon, non pas des terres, mais des océans.
Face à la demande exponentielle générée par l'IA, le Japon explore une voie audacieuse. Les entreprises MOL et Hitachi ont officialisé leur collaboration via un protocole d'accord (MoU ou Memorandum of Understanding) pour créer des « bit barges », de véritables fermes de serveurs flottantes.L'idée est de transformer des navires en fin de carrière, comme de vieux transporteurs de voitures, en infrastructures numériques de pointe. Ce partenariat combine l'expertise maritime de MOL et le savoir-faire technologique d'Hitachi dans la gestion de centres de données terrestres.
Le projet cible dans un premier temps le Japon, la Malaisie et les États-Unis, avec un premier déploiement opérationnel envisagé dès 2027.
Pourquoi transformer de vieux navires en centres de données ?
La principale motivation est de contourner les contraintes physiques et financières des data centers traditionnels. Ces infrastructures flottantes permettent de s'affranchir de la rareté et du coût du foncier, un problème particulièrement aigu au Japon où les centres sont concentrés autour de Tokyo et Osaka.
Le temps de construction est aussi un avantage majeur, réduit à environ un an contre trois ans ou plus pour un bâtiment terrestre. Au-delà de l'immobilier, la question énergétique est centrale.
Les serveurs dédiés à l'IA génèrent une chaleur colossale, rendant leur refroidissement coûteux et complexe. La solution des centres de données flottants offre une réponse directe en utilisant une ressource quasi illimitée et gratuite : l'eau de mer.Ce refroidissement par eau de mer permettrait une efficacité énergétique bien supérieure. De plus, la mobilité de ces plateformes offre une flexibilité géographique inédite pour se rapprocher des zones de demande ou s'éloigner des zones à risques (naturels ou géopolitiques).
Comment ce projet va-t-il concrètement se matérialiser ?
L'accord répartit les rôles de manière stratégique. MOL, fort de son expérience maritime, se chargera de la conversion des navires, de la maintenance, de l'amarrage et des négociations avec les autorités portuaires.
Hitachi et sa filiale Hitachi Systems prendront en charge toute la dimension IT : conception de l'infrastructure, installation des serveurs, cybersécurité, et démarchage commercial pour trouver les futurs clients.
Le type de navire envisagé a évolué. Si un premier concept parlait d'un navire de 120 mètres, les partenaires examinent désormais la piste d'un transporteur de voitures.Un tel navire offre une surface de chargement d'environ 54 000 m², ce qui rivalise avec les plus grands data centers terrestres du Japon. L'objectif est de réutiliser au maximum les systèmes existants à bord, comme la climatisation ou la génération d'énergie, pour minimiser l'investissement initial et accélérer encore le déploiement de ces géants des mers numériques.
Quels sont les défis et les prochaines étapes ?
La première phase consiste en des études de faisabilité pour valider la demande commerciale et affiner les spécifications techniques. Les défis sont nombreux, allant de la stabilité des équipements informatiques en milieu marin à la garantie d'une alimentation électrique continue et fiable.
Une précédente piste explorée par MOL avec une société turque impliquait des « powerships », des navires-centrales électriques, pour alimenter le data center.
La réussite du projet ne dépendra pas uniquement de la technologie. Il faudra bâtir un cadre réglementaire adapté et convaincre les entreprises de la viabilité et de la sécurité de cette solution.
Le véritable enjeu sera bien sûr de prouver que leurs précieuses données sont plus en sécurité sur l'eau que sur la terre ferme, une bascule psychologique autant que technologique. Si MOL et Hitachi réussissent leur pari, ils pourraient bien dessiner un nouvel horizon pour l'infrastructure mondiale du numérique.
merci à GNT
