Comme l'illustre le cas du juge français de la CPI Nicolas Guillou
La Commission de l’union européenne a lancé une nouvelle consultation sur l'open source. L’objectif : Affranchir l’UE des géants technologiques américains qui peuvent servir de moyen de sanctions comme l’illustrent de nombreux cas de figures par le passé.
Le cas du juge français Nicolas Guillou illustre en effet les dangers de cette dépendance. Ce dernier a toute sa vie numérique et financière qui est désormais sévèrement restreinte en raison des sanctions globales ordonnées à son encontre par Donald Trump. Ces sanctions font suite à sa participation à la décision de la Cour pénale internationale (CPI) de délivrer des mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre.
« Je suis allée voir le juge Guillou, placé sous sanction par Donald Trump. Du jour au lendemain, ses moyens de paiements et services numériques US ont été coupés. Une situation qui illustre l'importance du combat pour notre souveraineté en matière numérique et de paiements », indique la Présidente de la Commission des affaires économiques et monétaires du parlement européen.
Selon la Commission, la dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers rend plus difficile pour l'Europe le contrôle de sa pile numérique, ce qui pourrait ouvrir la voie à des problèmes de sécurité et de résilience dans des secteurs sensibles. L'open source offre une issue à cette impasse en soutenant « un portefeuille diversifié de solutions numériques de haute qualité et sécurisées » qui peuvent constituer des alternatives viables aux plateformes propriétaires, a déclaré la Commission de l’Union européenne.
Selon les estimations de la Commission, entre 70 et 90 % des logiciels modernes reposent sur des composants open source, ce qui signifie qu'ils soutiennent déjà l'économie numérique. Bruxelles déplore que l'Europe se charge d'une grande partie de la mise sur pied, tandis que la valeur commerciale et stratégique finit trop souvent entre les mains de grandes entreprises technologiques basées ailleurs.
Pour combler cet écart, la Commission annonce qu'elle va élaborer une nouvelle approche européenne en matière d'open source et revoir sa stratégie 2020-2023, qui était principalement axée sur la manière dont les institutions européennes utilisent et partagent les codes en interne. Cette fois-ci, Bruxelles souhaite considérer l'open source comme un atout économique et politique, directement lié à la souveraineté, à la compétitivité et à la cybersécurité.
Dans le cadre de ce plan, le cloud, l'IA, la cybersécurité, le matériel libre et les logiciels industriels sont tous concernés, y compris les applications dans les voitures et l'industrie manufacturière. La Commission indique que l'accent sera mis cette fois-ci sur la mise à l'échelle et le déploiement, et non sur une nouvelle série de projets expérimentaux.
Bruxelles admet que le financement seul n'a pas résolu le problème. L'UE a soutenu tout, de l'Internet de nouvelle génération au RISC-V et aux logiciels ouverts pour véhicules, mais trop de projets ont du mal à passer du code financé par des subventions à quelque chose qui survit sur le marché.
« Soutenir les communautés open source uniquement par le biais de programmes de recherche et d'innovation n'est pas suffisant pour réussir la mise à l'échelle », a déclaré la Commission dans son appel à témoignages, ajoutant qu'il est « essentiel de soutenir les communautés de développeurs et les entreprises émergentes dans leur expansion ».
La Commission présente un ensemble de mesures possibles, notamment des incitations pour les utilisateurs publics et privés à contribuer en amont, un soutien aux entreprises open source de l'UE et une aide aux start-ups qui risquent de faire faillite à mesure qu'elles se développent. Elle fait en sus valoir que le code ouvert est susceptible de mettre en lumière les chaînes d'approvisionnement et faciliter la détection des vulnérabilités.
L'open source est désormais étroitement lié au pouvoir des plateformes, les géants technologiques américains monétisant une grande partie du code collaboratif mondial. Même GitHub, propriété de Microsoft, a averti que la durabilité de l'infrastructure open source était mise à rude épreuve, une préoccupation récemment reprise par une coalition de fondations open source de poids.
Les sanctions américaines semblent plutôt avoir pour effet inattendu de stimuler l’innovation dans les pays qui dépendaient de ses technologies. En Chine, Huawei a divorcé d’Android avec le lancement d’HarmonyOS Next - un système d’exploitation architecturé autour d’un micronoyau et qui se positionne comme alternative à Android et iOS. Le ministère russe du développement numérique a annoncé son intention de créer une communauté de développement Linux indépendante à la suite du retrait des contributeurs russes du développement du noyau Linux. C’est dire que les initiatives se multiplient dans le but de s’affranchir de la dépendance aux technologies américaines. L’Europe pour sa part est encore à la traîne au point d’être considérée comme une colonie logicielle de Microsoft.
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