La course à la puissance de l'IA se heurte à un mur. Un mur bien réel, fait de béton administratif, de contraintes électriques et d'oppositions locales. Une startup propose une solution radicale : larguer les amarres et installer l'avenir du calcul au beau milieu de l'océan.
La faim insatiable de l'intelligence artificielle pour l'énergie et le foncier pousse les ingénieurs à des solutions autrefois impensables. Le projet Atomarine, porté par deux diplômés du MIT et soutenu par le prestigieux accélérateur Y Combinator, est sans doute le plus audacieux.Il vise à construire des centres de calcul standardisés sur des barges, assemblées sur une unique ligne de production, puis remorquées au large, potentiellement dans les eaux internationales.
La première phase prévoit une alimentation au gaz naturel liquéfié (GNL) pour un pilote en 2028...avant de basculer vers une énergie nucléaire décarbonée via des navires-réacteurs une fois la technologie des SMR (petits réacteurs modulaires) certifiée pour un usage maritime.
Pourquoi les datacenters veulent-ils prendre le large ?
La raison principale est l'asphyxie des projets sur la terre ferme. Les opérateurs de datacenters font face à des délais de raccordement au réseau électrique qui peuvent atteindre une décennie aux États-Unis.
À cela s'ajoutent les oppositions farouches des riverains, inquiets du bruit, de la consommation d'eau massive pour le refroidissement et de l'impact sur les factures d'électricité locales. Le foncier disponible se raréfie et les permis de construire sont un véritable casse-tête.
En déplaçant ces infrastructures en mer, Atomarine promet de court-circuiter ces obstacles. Plus de files d'attente pour le raccordement, pas de voisins à déranger et un accès quasi illimité à l'eau de mer pour un refroidissement bien plus efficace.L'entreprise modélise ainsi un PUE (Power Usage Effectiveness, une mesure de l'efficacité énergétique) de 1,1, un score excellent.
Comment fonctionne le projet fou d'Atomarine ?
Le concept repose sur une architecture modulaire et décentralisée. Atomarine ne construit avant tout une plateforme de calcul flottante, une barge spécialisée, qui sera amarrée à côté d'un navire de production d'énergie.
Cette approche plug-and-play permet une grande flexibilité. On peut ainsi augmenter la capacité en ajoutant de nouvelles barges, ou mettre à jour la technologie en remplaçant un module par un autre, plus récent.
Le plan se déroule en deux temps. D'abord, un navire fonctionnant au gaz naturel liquéfié (GNL) assurera l'alimentation, ce qui permettra de lancer un premier datacenter flottant dès 2028.Ensuite, quand les SMR (Small Modular Reactors) seront commercialement viables et autorisés pour un usage naval, un simple échange de navire-centrale permettra de passer à une énergie nucléaire stable et sans carbone.
Quels sont les obstacles à surmonter pour ces forteresses numériques ?
Le projet est un pari technologique qui fait face à des défis immenses. Le premier est l'environnement lui-même : l'océan est imprévisible et corrosif. Les barges devront être conçues pour résister à des conditions météorologiques extrêmes, ce qui rend leur construction et leur déploiement particulièrement coûteux.
De plus, les serveurs et les équipements informatiques, extrêmement sensibles, devront être renforcés pour supporter le roulis constant et l'air salin.
L'autre enjeu majeur est la connectivité. Pour être utiles, ces data centers doivent être reliés à Internet par des câbles sous-marins à très haut débit, ce qui implique de lourds travaux d'infrastructure, même si le satellite pourrait devenir à terme une alternative pour le transfert des données.Enfin, la viabilité commerciale des SMR embarqués reste à prouver. Bien que la technologie soit mature dans le domaine militaire, son adaptation au secteur civil soulève des questions réglementaires et économiques.
Atomarine est-elle la seule entreprise à parier sur l'océan ?
L'idée de délocaliser la puissance de calcul en mer fait son chemin chez plusieurs acteurs. À Singapour, le spécialiste du forage offshore Seatrium avance sur un projet pilote de data center flottant de 30MW.
Leur concept repose sur des modules Data-In-A-Box, ressemblant à de grands conteneurs, installés sur une barge non motorisée et amarrée à un quai. Le design a déjà reçu une approbation de principe du Bureau Veritas, validant sa faisabilité technique.
Dans une approche différente, la société écossaise Mocean Energy développe une plateforme nommée Blue Core visant à alimenter des charges de travail d'IA avec des énergies 100% renouvelables.
Leurs unités, capables de générer jusqu'à 1MW, utiliseront une combinaison de panneaux solaires et d'énergie houlomotrice (l'énergie des vagues), avec une connectivité assurée par des satellites en orbite basse. Ces initiatives montrent que si l'objectif est le même, le grand large, les chemins pour y parvenir sont multiples.
merci à GNT
