« Je touche le même salaire, que je vous fasse passer ou que je vous fasse échouer »

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chtimi054
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« Je touche le même salaire, que je vous fasse passer ou que je vous fasse échouer »

Message par chtimi054 »

« Je touche le même salaire, que je vous fasse passer ou que je vous fasse échouer », affirme un professeur d'université intransigeant qui met en échec tout étudiant qui utilise l'IA pour faire son devoir

Les réactions des professeurs face à l'usage croissant de l'IA par les étudiants sont contrastées. Alors que certains professeurs adoptent une politique de tolérance zéro en menaçant de faire échouer quiconque utilise ces outils, d'autres tentent d'adapter leur pédagogie pour intégrer cette technologie de manière critique et créative. Une analyse récente souligne la frustration des éducateurs face à la perte d'originalité et au déclin de la réflexion personnelle dans les travaux académiques. Pour contrer la triche, certains enseignants modifient radicalement leurs devoirs en choisissant des sujets trop obscurs pour les bases de données des chatbots d'IA.

Face à l'utilisation croissante des chatbots par les étudiants pour rédiger des essais complets ou résoudre des problèmes complexes, le monde universitaire se retrouve bouleversé. L'inquiétude majeure des professeurs est que les étudiants délèguent leur jugement et leur réflexion à l'IA, ce qui étouffe l'apprentissage véritable et met en péril la qualité de la main-d'œuvre de demain. Les enseignants répondent à cette situation par des stratégies variées.

L'Université de Princeton va obliger ses professeurs à surveiller les examens en présentiel à partir du 1er juillet. Désormais, tous les examens en présentiel seront surveillés, une décision prise après « des mois de délibération » sur la manière de lutter contre la tricherie et l’utilisation croissante des outils d'IA par les étudiants. Selon le Daily Princetonian, il s'agit du « changement le plus important apporté au système d’honneur depuis sa création ».

Ce changement de politique est principalement motivé par l'émergence de l'IA générative et l'accès facile aux téléphones portables pendant les épreuves. Ces technologies ont considérablement abaissé la barrière de la tricherie tout en la rendant plus discrète et difficile à observer. Une enquête de 2025 a révélé qu'environ 29,9 % des étudiants de dernière année admettaient avoir triché, une proportion qui grimpe à 40,8 % chez les étudiants en ingénierie.

Politique de tolérance zéro et durcissement des évaluations

Certains enseignants ont choisi de bannir totalement l'utilisation de l'IA dans leurs classes. C'est le cas de Neal Hebert, professeur de théâtre à la Grambling State University, qui prévient ses élèves que toute utilisation de ChatGPT entraînera automatiquement un échec au devoir, voire au cours complet. Pour lui, sous-traiter son travail de réflexion à une application démontre une profonde paresse et un refus de prendre des risques dans leur domaine.
Les enseignants sont lassés par l'uniformisation des devoirs, qui finissent tous par se ressembler avec un style robotique. Pour contrer cet état de choses, ce professeur a modifié ses méthodes d'évaluation en choisissant d'étudier des pièces de théâtre très peu connues. Ainsi, lorsque l'IA tente de générer un devoir sur ces œuvres obscures, elle invente complètement des personnages et des intrigues, rendant la tricherie immédiatement repérable.

« Je dis aux étudiants que ChatGPT est interdit dans leur processus d’écriture, que je peux immédiatement détecter quand ChatGPT a été utilisé, et que je mettrai l’étudiant en échec pour ce devoir s’il l’utilise et, potentiellement, pour l’ensemble du cours, si nous passons par une procédure d’appel formelle », a déclaré Neal Hebert à The New Yorker, qui a publié un tour d’horizon des témoignages d’enseignants sur l’impact de l’IA sur leur profession.

Il adresse un avertissement encore plus impitoyable aux étudiants en théâtre. « Je dis à mes étudiants en théâtre : “je perçois le même salaire, que je vous fasse passer ou échouer. Mais ce que vous venez de faire, c’est de nous dire, à moi et à tous les autres membres de notre département, que vous êtes tellement paresseux que vous préférez confier votre travail collaboratif à une application plutôt que de prendre le risque de devenir un artiste” ».

L'impact de l'IA sur la pensée critique suscite des craintes

Le professeur Neal Hebert n’adopte pas cette approche stricte par plaisir, mais il estime que la vague déferlante de tricherie par le biais des outils d’IA dans ses cours d’initiation ne lui laisse pas vraiment d’autre choix. « J’ai cessé d’être un facilitateur dans ces cours d’initiation pour devenir un gendarme du plagiat, et cela me dérange un peu », se lamente-t-il. « Je voulais être le genre de professeur que mes propres professeurs avaient été pour moi ».

Le peu de bonne humeur qui lui restait s’est envolé lorsqu’il a lu les dissertations de ses étudiants sur « Fences », une pièce d’August Wilson récompensée par le prix Pulitzer en 1985. « Sur 40 étudiants, la majorité a choisi des mots, des tournures et des concepts similaires, et la plupart des dissertations étaient rédigées dans ce style ChatGPT inimitable », a-t-il déclaré, comparant la prose du chatbot à « de la musique d’ascenseur, mais en mots ».

Plutôt que d'intégrer l'IA, Neal Hebert fortifie sa classe contre elle : les devoirs portent désormais sur des œuvres trop obscures pour être connues de ChatGPT ou d'autres modèles. Pourtant, les rapports indiquent que cela n’a pas complètement découragé la tricherie par IA, même dans les cours de niveau supérieur de Neal Hebert. À plus long terme, le professeur s'inquiète de voir naître des arts du spectacle dénués d'âme et de créativité humaine.

Une autre approche « moins stricte » axée sur l'adaptation

D'autres professeurs adoptent une approche différente, autorisant une expérimentation modérée de l’IA et des sanctions plus indulgentes. Daniel Silver, professeur de sociologie à l’Université de Toronto, à Scarborough, a présenté cela comme une opportunité d’apprentissage pour les enseignants : « l’IA a profondément transformé ma façon d’enseigner, et cela nous oblige à mener une réflexion fondamentale sur ce que nous cherchons à accomplir ».

Il a dit avoir consacré beaucoup de temps cette année à imaginer de nouveaux types de devoirs faisant appel à des usages plus créatifs de l'IA, comme la création et l'expérimentation d'agents IA incarnant des penseurs célèbres tels qu'Adam Smith. Mais face aux étudiants qui utilisent l'outil de manière irréfléchie, il maintient un cadre strict : il leur attribue un zéro, mais les convoque individuellement et leur donne la possibilité de refaire l'exercice.

« Ils s’amélioraient généralement, mais pas toujours », a-t-il déclaré. Pour bien faire passer le message, il leur montrait des devoirs générés par l’IA afin de leur démontrer à quel point « ils se ressemblent tous ». « L'IA m'a causé beaucoup de « bouleversements émotionnels » », a admis le professeur Daniel Silver. « Cependant, j'ai le sentiment que nous apprenons tous, y compris les étudiants, à vivre avec, et que nous en sortirons grandis ».

Contrairement à ses collègues plus stricts, ce professeur se montre optimiste et estime que le corps enseignant comme les étudiants finiront par apprendre à cohabiter avec l'IA. La méthode détection utilisée par les professeurs fait toutefois l'objet de débat, l'efficacité des outils de détection étant remise en cause.

L'inefficacité et le danger des programmes de détection

Des commentateurs critiquent vivement la capacité des professeurs à prouver de manière irréfutable l'utilisation de l'IA, soulignant que les détecteurs actuels sont extrêmement peu fiables. Ils dénoncent ces logiciels, estimant qu'ils risquent de piéger des étudiants innocents en signalant à tort des textes légitimes. Un étudiant en informatique raconte d'ailleurs avoir reçu une note éliminatoire à cause d'un faux positif, et ce, à plusieurs reprises.
En outre, plutôt que d'adopter une approche purement répressive, de nombreux critiques estiment que ce sont les universités et les méthodes d'évaluation qui doivent évoluer. Ces derniers suggèrent d'abandonner les devoirs et les dissertations à la maison au profit d'un retour aux examens manuscrits en classe ou aux soutenances orales, des formats qui obligent l'étudiant à véritablement démontrer ses connaissances de manière indépendante.

De plus, certains commentateurs plaident pour une intégration intelligente de l'IA dans les salles de classe, arguant qu'il serait plus pertinent d'apprendre aux élèves à l'utiliser correctement pour la recherche documentaire, puisqu'il fera inévitablement partie de leur quotidien professionnel.

Enfin, certains mettent en lumière une certaine hypocrisie et pointent du doigt les professeurs eux-mêmes. Un critique rapporte que son propre enseignant a utilisé l'IA pour corriger son essai, ce qui a entraîné des pénalités injustifiées basées sur des erreurs complètement inventées par la machine.

Les universités restreignent souvent l'utilisation de l'IA

Certaines écoles interdisent purement et simplement l'utilisation de l'IA ou la soumettent à des restrictions. Les étudiants ont été parmi les premiers à adopter ChatGPT après son lancement à la fin de l'année 2022, constatant rapidement qu'ils pouvaient terminer leurs dissertations et leurs devoirs en quelques secondes. Depuis lors, de nombreux enseignants s'efforcent d'identifier et de sanctionner l'utilisation de l'IA par leurs élèves dans le cadre du travail.

Aujourd'hui, la situation s'est quelque peu inversée. Les étudiants se rendent sur des sites tels que « Rate My Professors » pour se plaindre de l'utilisation ou de la surutilisation de l'IA par leurs enseignants. En outre, ils estiment que l'utilisation de l'IA par leurs enseignants porte atteinte aux frais qu'ils paient pour recevoir un enseignement de qualité dispensé par des experts humains plutôt que par une technologie qu'ils pourraient utiliser gratuitement.

En raison des plaintes des enseignants et des étudiants, certains responsables scolaires ont pris des mesures. Selon la politique de l'université Northeastern en matière d'IA, tout enseignant ou étudiant doit « fournir une attribution appropriée lorsqu'il utilise un système d'IA pour générer un contenu qui est inclus dans une publication savante, ou soumis à toute personne, publication ou autre organisation qui exige l'attribution de la paternité du contenu ».

Dès janvier 2023, la prestigieuse université parisienne Sciences Po a banni l’usage de ChatGPT et des outils assimilés, invoquant les risques de « fraude et plagiat ». Dans un courriel adressé à tous, la direction a rappelé que « sans référence explicite, les étudiants ont interdiction d’utiliser ce logiciel pour tout travail écrit ou présentation », hors activités encadrées par un enseignant. Des sanctions jusqu’à l’exclusion ont même été envisagées en cas d’entorse​.

merci à Developpez.com
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